Interview avec Daniel Madani (delairecours.ch)

Interview avec Daniel Madani (delairecours.ch)

« Finalement, une erreur dans le calcul des délais peut avoir de lourdes conséquences, les avocats préfèrent donc calculer eux-mêmes leurs délais (avec leurs doigts et en vérifiant trois fois) alors qu’en réalité une machine n’a pas la faillibilité des humains. »

Interview avec: Daniel Madani, fondateur de delairecours.ch

SLTA // Zürich, 25 octobre 2016

 

Comment le projet delairecours.ch a-t-il commencé?

DANIEL MADANI: A vrai dire c’est ma mère qui a eu, en premier, l’idée. Ayant elle-même fait des études de droit, elle est souvent confrontée au calcul des délais de recours et s’est rendue compte qu’il s’agissait d’une opération qui prenait beaucoup de temps et où l’on risquait facilement de se tromper. C’est donc elle qui a amené l’idée d’une calculatrice.

Par ailleurs, notre professeure de droit des obligations à l’université n’arrêtait pas d’insister sur le fait qu’il fallait compter les délais sur ses doigts et vérifier plusieurs fois le résultat. Je me suis donc dit qu’il fallait développer un outil qui permettrait de faire ça (sans avoir à compter sur ses doigts, ce qui ne fait pas très professionnel).

Comme un très bon ami à moi, Michaël Fischer, est développeur nous nous sommes lancés dans la création de delairecours.ch. C’est en grande partie grâce à son excellent travail si le site fonctionne si bien aujourd’hui.

delairecours-ch

Source: delairecours.ch

 

A qui s’adresse delairecours.ch?

Delairecours.ch s’adresse à quiconque doit calculer des délais de recours. C’est-à-dire principalement les avocats et juristes (ou leurs secrétaires).

J’espère également, qu’à terme, delairecours.ch sera également utilisé par des particuliers qui viennent de recevoir une décision ou un autre acte sujet à recours et qui souhaitent savoir jusqu’à quand ils peuvent attaquer ledit acte.

Quelle a été la réception du projet?

Internet est un milieu très compétitif où il est dur de se faire un nom. La principale difficulté vient du fait qu’il est dur de faire connaître delairecours.ch ; les avocats ne vont pas se dire du jour au lendemain : « tient si j’allais voir si quelqu’un n’a pas créé un site qui calcule les délais de recours ».

Toutefois, les personnes qui se sont inscrites sur delairecours.ch s’en servent régulièrement, ce qui est encourageant.

Un autre aspect est que le monde juridique n’est que très peu informatisé, il y a une grande réticence des avocats à utiliser les nouvelles technologies. Ce n’est pas un hasard si la plus grande partie des utilisateurs de delairecours.ch sont des avocats stagiaires ; plus jeunes et donc plus ouverts aux nouvelles technologies.

Finalement, une erreur dans le calcul des délais peut avoir de lourdes conséquences, les avocats préfèrent donc calculer eux-mêmes leurs délais (avec leurs doigts et en vérifiant trois fois) alors qu’en réalité une machine n’a pas la faillibilité des humains.

Des développements sont-ils prévus? Quelles sont les prochaines étapes?

Nous travaillons actuellement sur la procédure administrative cantonale et sur un développement des fonctionnalités déjà existantes de delairecours.ch. L’idée est vraiment d’avoir un outil complet qui serve à tous les calculs de délais, et qui soit largement utilisé en Suisse. Pourquoi pas, à terme, adapter delairecours.ch aux autres systèmes juridiques pour qu’il soit aussi utilisable dans d’autres pays.

 

Dans quels domaines principaux la « LegalTech » va-t-elle se développer principalement à l’avenir en Suisse?

On n’arrête pas le progrès. Les outils informatiques nous rendent plus efficaces et rapides. Ca ne fait aucun doute, la « LegalTech » va se développer.

Je pense qu’il faut distinguer deux aspects, les personnes demandant des services juridiques (clients) et les personnes offrant des services juridiques (avocats et juristes).

Du côté des professionnels du droit, je pense que l’accent va être mis sur l’informatisation des sources du droit (lois, jurisprudence et doctrine) et sur les outils de recherche.

Du côté des clients, des outils vont se développer pour obtenir des services juridiques basiques en ligne (par exemple, calculer un délai de recours ou faire opposition à une décision de son assureur maladie). Le grand public ne veut pas (et c’est compréhensible) avoir recours à des avocats ou juristes pour des petits problèmes, c’est pour ça que les services en ligne vont, à mon sens, se développer.